Chapitre 17 : Invitation indécente

Il faut le dire, j’ai la chance d’avoir une maman très ouverte qui vit avec son temps. Sérieusement, elle sort plus souvent que moi, s’habille à la mode tout en restant classe, se produit sur scène avec sa troupe de chant, écoute de la musique sur Deezer et Napster et télécharge même illégalement un film de temps en temps (ouais, je balance)... Exactement! La version 2.0 de la ringarde «Femme libérée» de Cookie Dingler dans les années 80!


À peine arrivée au Japon...

Pour nous rendre visite pendant quelques jours, au beau milieu de nos trois mois d’exploration du pays du soleil levant, elle me lance un truc du genre «Ah, mais je veux bien que vous m’emmeniez dans un des bars gays où vous allez! Ce serait cool!» Ni une, ni deux, sans vraiment y réfléchir, je dis OK, m’engageant ainsi à la faire sortir dans notre nouveau bar préféré d’Osaka.

En même temps, c’est pas comme si c’était une première, il me semble que nous l’avons déjà emmenée deux fois au Cabaret Mado. La première fois, mon frère s’était fait draguer par une des drag queens du show. La deuxième fois, la drag queen qui coanimait la soirée était venue sur se frotter les fesses sur moi pour me souhaiter un bon anniversaire, ou un truc sympa du genre... Donc bon, après ça, j’imaginais que c’était plutôt soft de l’emmener dans un petit bar gay d’Osaka où, en début de soirée (je précise quand même), le plus trash est une peluche de Pikachu sur le sofa du fond et des photos de Lady Gaga venue chanter dans le bar l’année précédente. Pas de quoi décoiffer une Christine Boutin quoi.


Le vendredi soir, direction le FrenZ-FrenZY

Début de soirée. Donc pas grand monde dans le minuscule bar branché de la métropole japonaise. Sofa confortable. Lumière tamisée et colorée. Musique forte, mais pas assez pour nous empêcher de causer. Cocktails pas trop chers. Et l’ami que nous avions invité à venir avec nous, offre un cadeau à ma mère pour lui souhaiter la bienvenue au Japon. Bref, tranquille et décontracté.

Ah oui! D’autant plus que nous avions englouti des grillades japonaises pour le dîner, accompagnées de saké chaud à volonté. Donc au niveau décontraction, la soirée était déjà pas mal avancée, ce que j’ai rapidement compris lorsqu’après avoir passé de longues minutes dans les toilettes du bar, ma mère s’excuse en disant «Je prenais des photos de toutes décorations des toilettes». Des photos qu’elle a évidemment balancées le lendemain, avouant qu’en effet, «ça rendait pas vraiment l’ambiance dont je me souviens». Tu parles. C’est des chiottes avec des lumières qui changent de couleurs et des dizaines de bibelots sur les murs... Le genre de truc bien chargé et carrément kitsch qui devient cool et trippant quand t’es bourré!


La soirée avance...

Et la magie de ce bar opère : des gens qui ne te connaissent pas, Japonais ou étrangers, viennent nous parler. S’étonnent et se réjouissent que ma mère sorte avec nous. Essaient d’échanger quelques mots avec elle malgré la barrière de la langue. La beauté des relations humaines en fait. Un exemple parfait de la chaleur des habitants d’Osaka, exactement ce que je voulais montrer! Loin de ces bars parisiens où tout le monde ignore son voisin parce que «Non, mais je le connais pas lui, il veut quoi sérieux?»

Et comme les places venaient à manquer, un couple — un Allemand et un Japonais — vient s’asseoir en face de nous. Évidemment, la conversation s’engage naturellement, et tout en essayant de traduire pour ma mère, j’explique qu’elle vient de France nous rendre visite, que nous voyageons en Asie depuis plusieurs mois… Toutes les platitudes qui permettent de lancer aisément une conversation après quelques verres! Jusqu’au moment où le jeune Japonais, tout sourire, nous explique fièrement qu’il connaît une seule phrase en français, pour dire bonjour et demander comment ça va. Bien sûr, ma mère et moi l’encourageons à se lancer, et après quelques secondes de concentration, il balance sans aucune hésitation…

– Susssma bitttt ! 

Ma mère me regarde.
Elle écarquille les yeux.
Je regarde ma mère.
Perplexe.

– Il a dit…?
– Euh... Attends, je lui demande de répéter. Can you say it again please?

Et lui, de s’exécuter aussitôt, avec encore plus de sourire et d’assurance... et en articulant…

– Suce ma bite!

«Ah oui, donc c’est bien ce qu’il a dit» lâchai-je, avant d’expliquer avec le fou-rire que cette expression très imagée était assez éloignée du «Bonjour, comment ça va?» traditionnel. Moment gênant pour le Japonais qui se rend compte de ce qu’il vient de demander à ma mère. Il s’excuse quelques dizaines de fois et précise qu’une «amie» française lui avait appris cette phrase pour dire bonjour…

Ouais, une «amie» avec les guillemets.
Parce que ma mère et moi, on appelle ça une connasse!

LIRE LA SUITE ==> Chapitre 18 : Tout le monde tout nu !

Auteur : Julien Valat

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