Chapitre 16 : De Dorothée aux rues d’Osaka

Je suis prêt à parier qu’une grande majorité de Français nés dans les années 1980-90 ont le rêve plus ou moins avoué d’aller explorer le Japon. La faute à qui? Principalement à Dorothée. Pour ceux qui ne la connaissent pas, alors vous n’êtes peut-être pas originaire de France, ou bien vous êtes né après 1997, ou encore vous avez grandi sans télévision, subissant peut-être les choix d’éducation de vos parents hippies…


Le Club Dorothée

C’est L’émission jeunesse des années 80-90 (la seule qui valait la peine en fait) qui nous a gavés de dessins animés japonais jusqu’à l’indigestion. Sailormoon, Ranma ½, Olive et Tom… Bref, ceux-là ne sont que ceux qui me viennent à l’esprit, mais on pourrait en écrire des lignes et des lignes! Évidemment, je n’échappe pas à cette influence. Et si j’additionne à ces mangas, les jeux vidéos Nintendo, les films qui ont marqué mon adolescence et le début de ma vie d’adulte, plusieurs livres d’Amélie Nothomb, les actualités qui arrivent jusqu’en Occident, et les cours de géo (ouais, j’avais failli oublié les cours de géo), ça donne une espèce d’embrouillamini japonisant, un imaginaire construit principalement autour de fictions et de fantasmes. En fait, il y a quelque chose de magique avec le Japon. Et j’étais aussi excité d’y mettre les pieds que la première fois que je suis allé à New York!


C’est comme dans les films!

Comme au cours de ma première aventure new-yorkaise, telle fut ma réaction dès le moment où nous avons embarqué dans le train rapide qui nous emmenait au centre d’Osaka. Et par «films», j’englobais tout ce que j’ai cité précédemment. Même les cours de géo, ouais. Sauf que c’est moins glamour de lancer «Oh merde! C’est comme dans mon bouquin de géo au lycée!»

Après une nuit sur des futons posés à même les tatamis d’un petit appartement dans un quartier excentré de la métropole japonaise, j’ai pris le dépaysement en pleine face. C’était dimanche matin, et les habitants du coin semblaient être déjà tous dehors. Les trains s’enchaînaient sur la voie ferrée. Les passages à niveau retentissaient toutes les deux minutes. Les cyclistes roulaient calmement, avec parfois une ombrelle accrochée au guidon pour se protéger du soleil. Une dame étendait son linge fraîchement lavé... Tous ces individus qui vivaient leur quotidien un beau matin de printemps était plaisant, calme et apaisant à voir. Et différent aussi. Loin de tout ce que nous avions pu vivre jusqu’alors.


Le soir venu...

Notre estomac nous a guidés le long des rues autour de chez nous, vers un restaurant qui ne payait pas de mine, caché derrière ces fameux petits rideaux étampés de quelques mots japonais. Le mari et la femme en arrière du comptoir ne parlaient pas un mot d’anglais. Heureusement, les bases de japonais apprises par Sébastien nous ont sauvé la mise. Et au fil de la soirée et de quelques mots échangés, de pointages de doigt, de quiproquos et de rires francs et chaleureux, nous avons dégusté d’exquises spécialités locales.

Le fils du couple de restaurateurs, un étudiant donc le niveau d’anglais était suffisant pour tenir une simple conversation, est alors venu s’asseoir à nos côtés. Traduisant au fur et à mesure nos réponses afin que ses parents comprennent, nous avons échangé des explications au sujet de notre visite et du pourquoi nous nous retrouvions ici, dans ce quartier excentré d’Osaka. Jusqu’à ce que finalement le jeune homme nous avoue pourquoi lui et ses parents étaient aussi curieux de tout ça. Vingt-cinq ans. Cela faisait vingt-cinq années que le couple tenait ce petit restaurant. Et en deux décennies et demie d’activité, nous étions les premiers étrangers à passer la porte de leur établissement.

Notre volonté, lorsque nous avons commencé notre aventure, était de pouvoir rester dans des grandes villes tout en se perdant un minimum, en essayant de mettre un peu de distance entre nous et les lieux remplis de touristes. Cette famille japonaise venait alors de nous confirmer, moins de vingt-quatre heures après notre arrivée au pays du soleil levant, que nous avions une nouvelle fois visé juste.


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Auteur : Julien Valat

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