Chapitre 10 : Bangkok, le premier test

J’imagine le premier gars qui a pensé à créer un avion. Appelons-le Pedro. Il a dû ouvrir son placard, prendre une vieille boîte de conserve, la balancer par la fenêtre et crier «Un jour, tu voleras jusqu’en Asie, j’en fais mon affaire!». Il serait ravi, aujourd’hui, de voir que des centaines de personnes sont heureuses d’entrer dans une immense boîte de conserve qu’on appelle A380, et dont on nous assure qu’elle vole!


Et qu’elle flotte aussi!

«T’inquiète pas chéri, si jamais on a un problème au milieu de l’océan, on amerrit, tu enfiles ton gilet de sauvetage, puis les toboggans gonflables se transforment en radeaux! Aucun risque!»

OK, disons que j’accepte le fait qu’on arrive à faire sauter tous les passagers dans l’océan avec leurs gilets de sauvetage, que les vagues ne nous engloutissent pas, qu’on arrive à embarquer sur les radeaux et qu’entre-temps on se fait pas bouffer par les requins. D’accord, admettons que c’est possible. Mais franchement, t’arriveras pas à me faire croire que ton truc de métal qui arrive à plusieurs centaines de km/h sur un océan dur comme du béton, reste intact, ne prend pas l’eau, et se met à flotter comme un bouchon en attendant que les centaines de passagers évacuent dans le calme. La plus grosse blague de l’histoire.

«Non, mais t’es pas sérieux avec ton idée de boîte de conserve qui vole, Pedro? Ça marchera jamais! Puis comment tu fais si tu as un problème au milieu de l’océan hein?
- Bah si ça peut voler, ça doit bien flotter, non?
- Pas bête…
- Puis tiens, on rajoutera des gilets de sauvetage pour chaque passager, le temps que les secours arrivent!
- Tu penses vraiment à tout Pedro! T’es un génie! Mais pourquoi pas des parachutes alors?
- Ou des masques à oxygène tant que t’y es! T’es con avec tes idées toi, hahaha!»


Bref, nous avons été propulsés à 1000 km/h

Pendant douze heures. Et à 10 000 mètres d’altitude. Enfin pour être honnête, c’était deux fois six heures avec une escale à Doha, au Qatar. Le premier qui me dit «Ah, mais du coup, ça va!», je l’insulte. Car je vois pas ce qu’il y a de plus cool a avoir une escale. Non, mais sérieux, ça fait un putain d’atterrissage et un putain de décollage en plus! Et comme je suis pas à Disneyworld, les sensations fortes j’en ai pas spécialement envie. Surtout après avoir été gavé comme une oie pendant le vol. «Et vous prendrez bien un petit sandwich et un jus de pomme, monsieur?» Tu parles que je le prends! C’est compris dans le prix! Puis à ce prix-là, si tu veux me masser les pieds, je prends aussi!

Et nous avons finalement posé le pied sur le sol thaïlandais. L’arrivée d’un long voyage en avion, c’est un peu comme une fin de soirée après avoir trop bu. T’as une tête d’ahuri avec tes cernes et tes cheveux en bataille. Et en plus, c’est pas impossible que tu pues la sueur et que t’aies un bouton qui pousse dans ta face. Mais tu t’en fous, toi, t’as le sourire du gars heureux de vivre!


Puis tu passes la douane

Tu croyais que c’était une épreuve de passer la douane thaïlandaise. Tu croyais qu’on allait te poser plein de questions, qu’on allait te dévisager, qu’on allait te faire stresser… Comme quand tu vas aux USA, qu’on te traite comme un criminel pour voir si t’es un criminel. Normal, quoi.

Eh bien non. La douanière te regarde. Regarde ton passeport. Te regarde encore. Te demande de regarder l’objectif pour la photo. Tamponne ton passeport. Puis te le rend avec un petit sourire en coin du genre «Et non! C’était pas ça ta première épreuve, mais t’inquiètes, tu vas en chier dans pas long».

Tu entres dans le taxi, et tu comprends que ton premier test, c’est ÇA. Tu le comprends quand tu dis l’adresse à ton chauffeur et qu’il semble ne pas comprendre, quand tu montres l’adresse à ton chauffeur et qu’il semble ne pas comprendre, quand tu montres sur Google Maps où ça se situe (ouais on est pas mal préparé) et qu’il semble ne pas comprendre… Puis tu te fais une raison quand le chauffeur appelle un ami dont il croit qu’il parle mieux anglais que lui. Échec.
Une fois toutes les options épuisées, et pendant que je riais de cette situation surréaliste, Sébastien s’en est finalement tiré à coup de «Left!», «Right!», et de «Stay on the highway!», en suivant le trajet sur notre téléphone tout juste connecté à un opérateur thaïlandais (le meilleur investissement de l’année!).

La folie de ce premier trajet semblait donner le ton de notre séjour dans la capitale thaïlandaise. Cela sonnait comme un avertissement d’un dépaysement total, comme un «Oubliez tout ce que vous croyiez savoir!». La frénésie de ces rues allait nous émerveiller autant que nous épuiser. Mais nous savions que ce serait un bon épuisement, celui qui te dit «Merde, tu viens de vivre quelque chose d’hallucinant quand même».
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Auteur : Julien Valat

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