Chapitre 11 : Bangkok, parc d’attractions pour foodies

J’en avais lu des articles ! J’en avais vu des photos ! Mais pour être honnête, je n’y croyais pas. Quand on me disait que je pourrais avoir de la bouffe de rue pour moins de 2$ par repas, j’acquiesçais avec un sourire en coin. Comme si le gars m’avouait que son arrière-grand-oncle Philibert lui envoyait des signes de l’au-delà, chaque nuit, en mélangeant sa collection sa collection de pin’s. (Franchement, qui a encore une collection de pin’s en 2016 ?)

Non, mais soyons sérieux. À Montréal, on bouffe super bien pour pas trop cher. Mais même dans le quartier chinois, le seul truc que tu pourrais avoir pour 2$ sur le bord de la route, c’est peut-être la moitié d’un vieux sandwich Subway, qu’un junkie essaye désespérément de te refiler pour se payer sa dose. Bon, je suis de mauvaise fois. À Bruxelles on a quand même réussi à avoir une gaufre pour 1€. Nature. Avec un peu de sucre glace. Une gaufre triste, mais une gaufre quand même !


Mais là, là, c’est différent.

Quand t’arrives dans les rues de Bangkok, t’as l’impression de franchir les portes d’un parc d’attractions pour foodies. Pour éclairer la lanterne de ceux qui sont nés avant 1960, un foodie c’est ce qu’on appelait un fin gourmet ou un fin palais au XXe siècle. Mais ça doit faire trop frenchy comme expression, alors aujourd’hui on préfère utiliser le mot foodie, certainement en l’honneur de la fine gastronomie anglaise et américaine (soupir). En fait, un foodie, c’est un fin gourmet un peu hipster. Je me moque, mais nous en sommes. Moi aussi je prends mes plats en photos, comme ça, s’il nous arrive (l’erreur est humaine) de manger de la merde, au moins, je montre à nos followers que c’est de la merde photogénique ! Bref, quand tu débarques dans les rues de la capitale thaïlandaise, t’es comme un gamin dans un parc d’attractions.


Tu veux tout faire, tout essayer.

T’as la grande roue. Tu sais à quoi t’attendre, tu sais que ce sera pas hyper original, mais tu sais que tu vas aimer ça, c’est sûr, puis ça fera de belles photos. T’as le train fantôme. Pour te faire peur, avancer dans le noir, vers l’inconnu. En général les ingrédients sont toujours les mêmes, mais tu ne sais jamais comment ça va finalement tourner. Puis t’as les montagnes russes. Alors là tu veux des sensations fortes, tu veux que ça explose, tu veux en voir de toutes les couleurs. Et tu croises les doigts pour pas avoir la gerbe en bout de course !

Bangkok et la bouffe, c’est précisément ça. Et la barrière de la langue transforme généralement ton expérience culinaire en bonne vieille pochette surprise : tu pointes un truc, et tu verras bien ce que tu as dans ton assiette ! Pour éclairer la lanterne de ceux qui sont nés après 1999, une pochette surprise c’est cette espèce de cône en papier cartonné, rose pour les filles, bleu pour les garçons, dans lequel tu avais des jeux et des friandises surprises. Aujourd’hui, les gosses ne veulent plus de surprise, ils veulent un iPhone.


Y’a pas à tortiller, Bangkok est un paradis culinaire.

Et comme nous n’avons pas peur d’être surpris, ni par les ingrédients ni par les épices (ni par le piment !), alors nos yeux brillent à chaque coin de rue, face aux stands de bouffe qui fleurissent sur les trottoirs, comme des pâquerettes sur le gazon au printemps. On ne sait pas comment ça s’appelle, on sait vaguement de quoi il s’agit, mais les senteurs nous attirent et les saveurs nous convainquent. Nos papilles se sont vite habituées à tant de bonnes choses, il ne reste plus qu’à dompter nos systèmes digestifs d’Occidentaux capricieux. J’ai été élevé au Roquefort, et Seb à la poutine. On devrait s’en sortir !

  

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Auteur : Julien Valat

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