Chapitre 7 : La plus grosse blague belge

Lorsqu'un piéton s'engage sur un passage protégé...
Réponse A - J'utilise l'avertisseur sonore et je passe
Réponse B - Je ralentis et lui fais un signe de la main pour qu'il traverse
Réponse C - J'accélère putain ! Avant qu'il ne me fasse perdre mon temps ce connard !


J'imagine un Parisien pendant son examen du code

« Merde, merde, je sais jamais… J'aurais tendance à répondre C. À moins que ce soit un piège ? Il faut klaxonner pour avertir le piéton de sa présence ? Ah oui c'est ça, c'est la réponse A ! »

Et le pire, c'est qu'à voir comment font les Parisiens, j'en suis à me demander si l'inspecteur ne dirait pas au final :

« Votre attention s'il vous plaît ! Alors pour la question sur le passage piéton, la réponse officielle est la B mais nous la contestons ! Oui, nous, professionnels français de la conduite, nous révoltons ! Et pour appuyer notre mécontentement, nous ajouterons un point à chacun de vos résultats ! Aussi nous manifesterons demain à onze heure sur la Place Beauvau pour signifier notre indignation ! Apportez vos banderoles et votre thermos de café, ça risque d'être long ! »


Pourquoi je parle de passage piéton ?

Parce que lorsque nous avons débarqué à Bruxelles, nous nous sommes rapidement retrouvés face à un passage piéton (sans feu, je précise). À ce moment là, un automobiliste a ralenti, s'est arrêté, et nous a fait un signe de la main.

- Mais il veut quoi lui putain ? Pourquoi il nous fait signe ? Tu l'connais Seb ?
- Bah non esti, je l'connais pas pantoute ! J'crois qu'il veut nous parler… (à noter la retranscription parfaite de l'accent québécois).
- Ah, tu crois ? On dirait plutôt qu'il nous engueule. Putain Seb ! Tu t'es encore trop avancé sur la route ! J't'avais dis de faire attention, recule merde, recule !
- Mais tabarnak, chu sur l'trottoir câliss, et il nous fait encore des signes !
- Mais il veut quoi merde ? Sérieux, tu veux quoi connard ?! Tu veux quoi ?!! Avance merde ! Allez casse toi ! Bouge ta caisse putain !

Bon, dans la réalité, nous avons compris que le chauffeur nous faisait signe de traverser, nous avons souri et en lancé un petit signe de la main à notre tour pour le remercier. Puis une fois de l'autre côté de la route, nous nous sommes demandés si c'était une attitude habituelle, ou si le gars avait eu pitié de nous en voyant nos gueules de touristes après sept heures de bus.


Mais en fait, ce n'était pas une exception

J'ose espérer que nous ne faisons pas pitié aux gens à chaque fois que nous traversons au passage piéton, donc je pense plutôt que c'est une habitude des Bruxellois. Et au fil des jours, nous avons réappris à apprécier plusieurs petites choses de la vie. Pas grand chose. Une caissière qui ne semble pas avoir envie de te mordre quand tu lui dis bonjour. Un serveur qui prend le temps de te conseiller des bières avec le sourire. Une inconnue qui est sympathique avec toi sans te demander de l'argent. Des trucs normaux quoi, mais qui après deux semaines à Paris nous paraissaient relever de la science-fiction.

Tu m'étonnes que les Français essayent de ridiculiser leurs voisins belges à coup d'accent ridicule et de « juste une foè », en fait, ils sont jaloux ! Jaloux de leur attitude zen, de leur humour, de leur joie de vivre. Ça a commencé avec une vulgaire histoire de frites : les Français ont tout essayé depuis des siècles pour faire croire qu'ils les avaient inventées. Puis il y a tout le reste, le chocolat, les gaufres, la bande dessinée, Tintin, Spirou et les chanteurs aussi, Brel dans les années 60, Stromae aujourd'hui… En fait, les Français envient les Belges !


Sauf pour l'eau dans les restos


- Excusez-moi, est-ce que nous pourrions avoir de l'eau s'il vous plaît ?
- Oui bien sûr, plate ou pétillante ?
- Euh… Une carafe d'eau du robinet ?
- En Belgique on ne sert pas d'eau du robinet dans les restaurants. Je sais, c'est la plus grosse blague belge de tous les temps...

À souligner la franchise de notre serveuse qui devait se rendre compte de l'aberration de la situation mais ne pouvait faire autrement. Bon, nous sommes tous d'accord, chaque pays a son lot d'aberrations commerciales. Par exemple, au Québec, les prix sont affichés hors taxes. Pourquoi ? Va savoir ! Pour avoir une surprise avec l'addition j'imagine ! Et là, en Belgique, la majorité des restaurants ne te servent pas d'eau du robinet. Ils t'obligent à acheter de l'eau en bouteille. Attends, attends ! Pas la bouteille en plastique d'un litre et demi à un euro non, non, non ! C'est quatre euros le demi-litre de Vittel, servi dans une bouteille en verre que l'on débouche devant toi. Il ne te reste plus qu'à te faire servir dans un verre à vin et te faire demander si ça te convient...

Maintenant, j'imagine que les mercredis soirs, un groupe de soixantenaires grisonnants avec un ventre bedonnant et une moustache décolorée par la mousse de bière se réunit dans un lieu secret. Certainement, le sous-sol d'une brasserie sombre à quelques pas de la Grand-Place de Bruxelles, au milieu des fûts de bière, baignant dans les vapeurs d'alcool et les effluves de houblon. On les appellerait le LBB, le Lobby des Brasseurs Belges. Et là, à la lumière de vieilles lampes à huiles, ils promettraient des pots-de-vin (ou plutôt de bière) aux membres du gouvernement belge pour s'assurer que jamais, au grand jamais, une loi ne serait votée pour obliger les restaurateurs à servir de l'eau du robinet.

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Auteur : Julien Valat

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